Blonde Redhead_2008

Blonde Redhead

Aucun doute là-dessus, Blonde Redhead sonne comme Blonde Redhead et tout rapprochement avec Sonic Youth ou même Serge Gainsbourg serait insuffisant pour qualifier ce qui les caractérise le plus : la fragilité.
Entretien réalisé avec Amedeo Pace et Simone Pace au calme du salon de leur hôtel, en attendant leur concert parisien.

J’entends qu’on vous a dit que nous étions quelque peu liés au skateboard…

Amedeo : Oui, ca change des magazines habituels. Je sais que plusieurs de nos morceaux ont été utilisés pour des vidéos, mais je ne saurais pas dire lesquels. On a aussi fait une interview pour le magazine américain Thrasher cette année. C’est un univers que nous ne connaissons pas trop par contre. Mais bon…

Cela fait maintenant quinze ans que le groupe existe. Quel regard portez-vous sur le parcours effectué ?

Simone : Humm… Il s’est passé beaucoup de choses tout au long de ces années. Mais en même temps, on peut dire que nous avons pris notre temps et c’est pour cette raison que j’ai l’impression que nous avons encore beaucoup à accomplir. Dans ce sens, c’est dur de regarder en arrière et de se souvenir de nos premiers concerts en se disant que tout était différent. En fait, pas tant que ça. Nous ne sommes pas comme les Rolling Stones qui, par exemple, ont connu un succès immédiat, dès la sortie de leur premier album. Nous sommes vraiment partis de zéro et la route a été longue. Aujourd’hui encore, tout reste à taille humaine et cela nous convient parfaitement.
Amedeo : Oui… Je pense aussi qu’il nous reste beaucoup de choses à découvrir et à travailler.

Est-ce que vous ressentez la même énergie qu’à vos débuts ?

A : Nous avons toujours eu beaucoup d’énergie à investir dans le groupe, dans le passé et encore maintenant, mais on ne peut pas dire qu’elle soit la même. Bien sûr elle a évolué et je pense sincèrement que cela peut s’entendre à l’écoute de nos albums. C’est ce qui est d’ailleurs intéressant : on ne se lasse pas de découvrir de nouvelles façons d’écrire des chansons, d’expérimenter de nouvelles ambiances et, dans ce sens, nous pensons que nous avons encore beaucoup à apprendre.

Pensez-vous que vous vous êtes améliorés dans l’écriture de votre musique par rapport à ce que vous voulez faire passer ?

S : Je pense que depuis notre deuxième album, nous avons toujours réussi à faire passer des émotions très sincères et personnelles. Dans l’ensemble, je dirais bien sûr que nous avons gagné en maîtrise dans certains registres mais que parallèlement nous nous sommes détériorés dans d’autres.
A : Aussi nous avons bien plus de temps pour travailler sur nos albums maintenant.

Plus de temps ?

S : Nous avons plus d’argent à dépenser.
A : Oui, le budget de nos enregistrements est plus important maintenant. Nous avons enregistré notre premier album en cinq jours, ou peut-être même trois ; pour le deuxième album nous avons pu en financer dix. Le temps que nous avions donc à notre disposition pour développer certaines facettes de notre musique, surtout au niveau du travail sonore, était bien moindre auparavant. Maintenant, grâce au succès que nous avons, il nous est plus facile d’obtenir des temps d’enregistrement plus conséquents et de ce fait d’expérimenter de nouvelles directions.
S : Nous pouvons donc nous permettre de tester plus de choses : enregistrer, prendre du recul puis écouter et savoir si la direction prise nous convient ou si nous décidons de partir dans une autre direction. Nous ne travaillons plus la phase de l’enregistrement dans l’urgence, et je pense que pour notre musique cela n’est pas plus mal.

Bien que votre musique ait évolué, on peut toujours qualifier votre son comme minimaliste. Comment l’expliquez-vous ?

S : Tout d’abord, nous ne sommes pas des virtuoses de nos instruments. Aux premières heures du groupe, nous avons été obligés de faire avec ce que nos possibilités techniques nous permettaient d’explorer. C’est d’ailleurs une approche motivante. Nous avons très vite dû trouver un moyen de créer notre propre univers d’une autre manière. C’est ce qui a, je pense, donné une touche personnelle à notre musique.
A : C’est le principe des contraintes, c’est toujours motivant. Au niveau de la voix, je me souviens vraiment avoir éprouvé certaines difficultés à trouver ma propre façon de chanter. Au début, tu pars toujours dans des directions qui ne sont pas nécessairement les tiennes et tu fais donc fausse route. Je ne suis pas un grand chanteur, et il m’a fallu un peu de temps pour prendre confiance et trouver cette façon de chanter qui soit vraiment la mienne. Pour chaque instrument, c’est la même démarche, la même recherche…

Au sujet de vos vidéos, elles sont toutes très artistiques. Comment les travaillez-vous ?

A : En fait, c’est encore ce principe de contraintes. Nous n’avons pas beaucoup d’argent à injecter dans nos vidéos et nous devons faire avec les moyens du bord. Nous travaillons essentiellement avec des gens que nous connaissons et dont nous apprécions le travail. Ensuite nous leur laissons carte blanche sur ce qu’ils veulent faire. Nous sommes toujours satisfaits du résultat.

J’ai été surpris de reconnaître Miranda July (musicienne, écrivaine, plus connue comme réalisatrice de Me and You and Everyone we Know − ndlr) dans votre clip Top Ranking…

A : En fait elle est la petite amie de Mike Mills qui a fait le clip, les choses se sont donc faites naturellement. Nous aimons aussi beaucoup la personne et ses différents travaux. C’est une personne très sincère et impliquée que nous estimons beaucoup.

Votre nouveau label, 4AD, est un label basé en Europe. Le choix de ne pas négliger votre distribution européenne était-il important à vos yeux ?

S : Oui, bien sûr. Nous avons toujours fait attention à ne pas délaisser l’Europe. Lors de nos nombreuses tournées européennes, alors que nous étions sur d’autres labels, nous avons pu nous apercevoir qu’il pouvait être difficile pour les gens de se procurer nos disques. C’est très frustrant, quand ces personnes viennent te voir à la fin de tes concerts et te disent : « On est vraiment heureux de pouvoir vous acheter vos disques ». Même si dans un sens c’est positif pour nous, il est quand même paradoxal que les gens doivent attendre la venue d’un groupe dans leur ville pour pouvoir acheter ses disques. En tant que groupe, tu fais bien ton boulot en venant faire des concerts ici, puis tu te rends compte que le boulot des labels n’est pas correctement fait. Pas de bonne distribution. Il y a pas mal de labels qui mettent uniquement la priorité sur le marché US, se disent que c’est ce qui est important avant tout et que le reste suivra. Encore faut-il que ça puisse…
A : Il y a aussi le fait que nous voulions vraiment rester propriétaires de notre musique. Nous avons enregistré ce disque et nous avons démarché plusieurs labels. C’est difficile de nos jours de trouver un label avec une bonne distribution qui te concède ce droit-là. Bien souvent tu es obligé de te séparer de tes droits et dans ce cas-là, ta musique ne t’appartient plus. Elle peut parfois finir n’importe où. Nous avons eu ce souci avec nos deux premiers disques sortis sur le label Smell Like Records, le label de Steve Shelley de Sonic Youth. Nous avons voulu récupérer nos droits et il s’y est opposé. Je ne comprends toujours pas, sachant que ça lui est arrivé avec son propre groupe et qu’il devrait savoir à quel point c’est frustrant…

Pensez-vous que le fait d’être des étrangers aux États-Unis vous a influencé dans le genre de musique que vous composez ?

A : Humm (long silence…). C’est assez difficile de répondre à cette question.
S : Il est évident que le fait d’être un étranger dans un pays a un impact sur beaucoup de choses, certainement en premier lieu sur nos personnalités respectives et donc par conséquent sur la musique que nous avons développée. Mais je ne suis pas si sûr que ce facteur précis ait directement influencé Blonde Redhead.
A : Au tout début, le groupe était vu comme un groupe étrange d’ailleurs…

Comment ça ?

A : Quand nous avons commencé Blonde Redhead, au milieu des années 90, notre musique était vraiment différente de ce qui se faisait alors dans la scène new-yorkaise. Nous étions vus comme des extraterrestres en jouant ce genre de musique calme, surtout à cette époque où New York était vraiment plus connue pour ces groupes rock ou même toute sa scène hardcore. Ce n’est pas que nous ayons été rejetés ou quoi que ce soit, mais ça a été un peu plus dur pour le groupe de se faire une place. Quand certaines personnes posaient leurs yeux sur New York, ce n’était pas principalement pour chercher un groupe comme le nôtre.

Vous avez toujours évolué dans la scène indépendante, est-ce que vous vous voyez comme une sorte de militant ?

Non, nous faisons juste les choses comme nous voulons les faire, en fonction de nos convictions. C’est tout.

J’ai lu dans l’une de vos interviews que vous étiez assez pessimistes pour la nouvelle génération. De quelles manières ?

Ah, on a dit ça ? Je ne me souviens pas du tout.

Oui, c’était plus dans un contexte politique…

A : Ahhh !! C’est une tout autre discussion alors… En fait, lorsque tu regardes la direction que le monde est en train de prendre, cela fait assez peur. Tu parlais justement du fait d’être un étranger dans un pays, je pense que c’est un élément qui te fait voir les choses d’un œil différent, surtout au niveau politique justement. Il est vrai que les décisions prises aux États-Unis sont souvent sujettes à controverses, et d’ailleurs en tant qu’étrangers vivant dans ce pays, nous pouvons avoir du mal à les comprendre. Il se passe beaucoup de choses que je ne soutiens absolument pas. Aussi, la société est de plus en plus basée sur un rapport de consommation entre les gens, cela me fait assez peur je dois dire.
S : Je suis assez inquiet au niveau environnemental aussi. Je pense qu’il va y avoir de plus en plus de conflits suite à des tensions relatives à l’accès à des ressources vitales. Regarde ce qu’il se passe avec le pétrole, certaines personnes prédisent de gros problèmes d’accès à l’eau, et donc à l’alimentation. C’est inquiétant…

Au niveau de vos projets, j’ai entendu parler d’une musique de film ?

A : Humm… Où t’as entendu parler de ça ? Rien n’est encore fait. Ce ne sera pas un film d’ailleurs, mais plutôt un documentaire sur ce jeu de rôle… merde, comment il s’appelle ?
S : Donjons et Dragons.
A : Oui, voilà… On nous a proposé de faire la musique de ce projet et nous avons accepté étant donné que c’est un exercice que nous n’avons jamais essayé. Alors on verra bien, mais ce n’est pas pour tout de suite.

Discographie :
23 – LP/CD – 4AD – 2007
Misery is a Butterfly – LP/CD – 4AD – 2004
Mélodie Citronique – LP/CD – Touch and Go Records – 2001
Melody of Certain Damaged Lemons – LP/CD – Touch and Go Records – 2000
In an Expression of the Inexpressible – LP/CD – Touch and Go Records – 1998
Slogan / Limited Conversation – 7″ – Touch and Go Records – 1998
Fake Can Be Just As Good – LP/CD – Touch and Go Records – 1997
Symphony of Treble / Kazuality – 7″ – Touch and Go Records – 1997
La Mia Vita Violenta – LP/CD – Smells Like Records – 1995
Split 7″ w/ Sammy – 7″ – Nipple Hardness Factor Zine – 1995
Flying Douglas/Harmony – 7″ – Rough Trade – 1995
10 Feet High/Valentine – 7″ – Smells Like Records – 1995
Blonde Redhead – LP/CD – Smells Like Records – 1994
Vague/Jet Star – 7″ – Smells Like Records – 1994
Big Song / Amescream – 7″ – OXO Records – 1993

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Un trackback

  1. Par Blonde Redhead, nouveau titre le 28 juin 2010 à 12:43

    [...] pas pour autant chaumé. Dans l’interview qu’ils nous avaient accordés en 2008, à lire ici, on parlait de la composition de la musique d’un film, d’un documentaire plus exactement : The [...]

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