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© 2010 Maelström Magazine























Breach_2007
Rares sont les concerts qui vous scotchent, vous collent la chair de poule et presque la larme à l’œil. Ce dernier concert de Breach était l’un d’eux. J’ai eu le plaisir de m’enfermer avec eux dans leur loge, avant cet ultime concert d’adieu. L’ambiance était tendue, ils n’en menaient pas large, les bougres. Alors voilà, trêve de paroles, j’ai l’honneur de vous inviter à lire la dernière interview de l’histoire de Breach…
Quel effet cela vous fait de remonter sur scène sous cette formation ?
Tomas : C’est assez rigolo, on est tous pas mal excités, même si, dans le même temps, je crois qu’on a un peu peur. Tu sais, on n’a pas joué depuis un sacré moment maintenant, peut-être 5 ou 6 ans. Ça commence à dater. Donc c’est nouveau pour nous : être de retour (rires)…
Comment est-ce que vous avez préparé ce retour, d’ailleurs. J’ai cru comprendre que vous avez répété cet après-midi. Est-ce que votre musique se rapproche du vélo, quelque chose que l’on n’oublie pas ?
Anders : Eh bien en fait, je dois avouer que j’ai eu certaines difficultés à revenir au niveau auquel j’étais quand nous avons arrêté de jouer. Bien sûr, c’est dû au fait que j’étais certainement un peu trop fainéant pour coller mes doigts sur une guitare ces derniers temps. J’ai aussi trouvé le moyen de me péter le petit doigt. J’ai dû me faire opérer deux fois et donc je n’ai pas pu jouer de guitare pendant environ un an.
Quand avez-vous joué pour la dernière fois ensemble avant la préparation de ce concert ?
C’était au festival Accelerator pendant l’été 2002… Notre tout dernier concert.
Ça fait donc un certain temps. Qu’est-ce qui vous a donc motivé à remonter sur scène ?
Anders : En fait Tomas s’est marié cet été, alors en cadeau d’anniversaire… (rires)… merde, qu’est-ce que je dis… ?!! Reprenons. Alors pour son cadeau de mariage, nous nous sommes réunis et avons décidé de lui offrir quelques morceaux live. On a vraiment éprouvé un grand plaisir à rejouer ensemble… Nous avons donc décidé de le faire une dernière fois, lors d’un vrai concert.
Alors Tomas, si tu ne t’étais jamais marié, cela ne serait donc jamais arrivé ?
Tomas : Probablement pas, non… (rires). Alors je suis vraiment comblé maintenant, j’ai une très jolie femme… et mon groupe !! Le paradis quoi. On s’est dit que ce serait vraiment fun de le refaire pour de vrai, avec le recul. Tu sais, la musique est essentiellement une question de plaisir.
Vous êtes vraiment sûrs que c’est votre dernière fois ?
Tomas : Oui, c’est vraiment sûr. Cette fois-ci, c’est la fin. Ce dernier concert et puis Breach sera du passé.
Avec tout le temps qui s’est écoulé, il semblerait que Breach soit bien plus reconnu maintenant que ce qu’il l’était à l’époque où vous existiez…
Anders : Je n’aurais jamais pensé que des personnes seraient venues de si loin pour nous voir. Des endroits où nous ne sommes JAMAIS allés… Ce soir il y a des gens de toute l’Europe : Italie, France, Espagne, Angleterre, Allemagne… Il y a aussi des Américains. J’ai reçu des mails de personnes qui venaient spécialement de Nouvelle-Zélande. C’est incroyable !!
Tomas : Oui, je pense que nous sommes devenus plus gros le lendemain de notre séparation.
Comment l’expliquez-vous ?
Anders : Je ne sais pas vraiment. À l’époque où nous jouions, on ne pensait pas devenir vraiment connus un jour, on ne se posait pas la question. Je ne sais même pas à quel point nous sommes plus connus aujourd’hui. Mais voir de nouvelles personnes s’intéresser à notre musique alors que nous n’existons plus en tant que groupe… je ne sais pas. C’est intéressant en tout cas. Peut-être que c’est le même phénomène que pour les peintres, peut-être le côté morbide des gens (rires).
J’ai un jour lu quelque part qu’un véritable artiste devait être en avance sur son temps. Est-ce que vous pensez que d’une certaine façon c’était le cas de Breach ; arrivé trop tôt ?
Anders : Sincèrement, je ne peux pas répondre à ça. Le fait est que nous avons de nouveaux fans maintenant. Alors pourquoi pas avant et juste maintenant ? Je ne sais pas. Ce serait trop prétentieux de simplifier comme ça, de dire que nous étions précoces pour notre époque. Puis il ne faut pas oublier qu’il faut beaucoup de temps pour que la musique se propage. Tu sais, nous n’avons presque pas tourné après les sorties des deux derniers albums. C’est évident que cela n’a pas aidé le groupe à gagner de nouveaux auditeurs.
Il y a tant de groupes qui explosent une fois qu’ils n’existent plus : prenons l’exemple de Refused qui sont proches de vous. Penses-tu que dans ce genre de musique un peu extrême, un groupe ne peut pas connaître le succès pendant son temps d’existence ?
Anders : Bien sûr que si. Il n’y a pas d’obstacles pour que cela n’arrive pas. Dans notre cas, il s’agit plus de circonstances et de coïncidences qui ont fait que nous sommes devenus plus gros après. À mon avis, la notion de timing n’existe pas. Par contre, la scène de la musique extrême est vraiment en train de décoller. Regarde, tu vois de plus en plus de groupes extrêmes exploser, passer sur des chaînes commerciales et avoir de très très grosses tournées. Je pense aussi qu’il y a eu quelques bonnes années pour la musique hardcore après que nous avons splitté.
Est-ce que vous pensez que vous êtes des sortes de précurseurs ?
Anders : Non, hors de question. Il y a eu des groupes bien moins connus qui nous ont d’abord influencés… Nous n’avons rien inventé.
Si vous regardez en arrière sur toute cette époque et ce qu’il s’est passé, est-ce que vous voyez votre histoire de manière plus objective ?
Anders : Oui, il y a effectivement plus de clarté sur l’analyse des événements maintenant. On a tous de très bons souvenirs de cette aventure. Mais ce soir, ce n’est pas le moment d’être nostalgiques sur Breach, du moins pas encore (rires).
Vous avez préparé des surprises ?
Anders : On a quelques tricks bien planqués dans nos manches, mais on ne va pas te les dire (rires).
Tomas : On va jouer beaucoup de morceaux, bien plus que ce que nous avons jamais joué en concert.
Anders : Nous allons jouer environ deux fois plus longtemps que ce que nous avons jamais joué.
Ça va donc être physique !! Vous avez dû subir un entraînement intensif particulier ? Répéter à distance, vu que vous ne vivez pas tous dans la même ville.
Tomas : Oui, sérieusement… Cela fait trois semaines que je travaille ma voix, 30 minutes par jour. C’est d’ailleurs un peu chiant, mais bon, on vieillit, c’est comme ça (rires).
Anders : Pour les répétitions, on est maintenant tous à Stockholm. Il n’y a que Tomas qui vit toujours là-haut dans le Nord.
Justement, pour parler de cette distance et du fait que cela ait pu influencer votre son. Votre dernier album en date est différent, presque plus électro. Y a-t-il un lien ?
Tomas : C’est une sorte d’évolution aussi. Il y a eu pas mal de jam-sessions. Beaucoup de morceaux auxquels tu fais allusion sont sortis du seul cerveau de ce mec-là (en désignant Anders du doigt).
Anders : Au début, je ne savais pas si ces morceaux allaient sortir comme des beat songs… C’était d’abord une sorte de travail. Et puis finalement elles sont sorties telles quelles.
Cet album était d’ailleurs un peu inattendu…
Anders : Oui, c’est sûr, même pour nous. Nous n’avions que des ébauches et les choses se sont faites ainsi. Les chansons sont vraiment diverses…
Que pensez-vous de cet album ?
Anders : Certaines personnes le critiquent en disant qu’il n’est pas solide, sans cohésion ni unité, avec des morceaux qui ne sont pas connectés. Mais c’est ce que j’aime. Il y a des chansons différentes et c’est ce qui rend cet album intéressant.
Cet album a déstabilisé pas mal de fans à sa sortie…
Anders : Oui, mais je pense que ça a été à chaque fois le cas pour les trois derniers albums. Ils sont effectivement tous très différents les uns des autres.
À propos du côté sombre de votre musique, je sais d’expérience que cela peut déranger certaines personnes qui n’en perçoivent pas la force. Quel est votre regard sur cette ambiance que vous créez ?
Anders : C’est une question de sensibilité que je ne peux expliquer. Je n’ai jamais écouté un disque sombre ou même violent qui m’ait plongé dans une grande déprime. Plus c’est dur, plus je suis heureux. Au sujet de Breach, notre univers est arrivé naturellement. Il semblerait que la musique qui en ressort soit la seule que nous pouvons créer ensemble.
Tomas, je sais que tu es père… Est-ce que cet univers dont tu viens peut te faire peur pour tes enfants ? De la même façon que tu as fait se poser des questions à tes parents quand tu étais jeune ?
Tomas : Mon fils aîné n’aime pas du tout ma musique, alors la question ne se pose pas. Ma jeune fille par contre trouve ça rigolo… Elle est encore jeune. C’est un sentiment fort que celui qui est sombre, qui effraie, surtout au niveau des émotions. Il existe et il ne faut pas le nier, ce serait une erreur bien plus dangereuse. Personnellement, j’aime avoir peur et faire peur…
Tu ne penses pas que ça puisse être dangereux ?
Tomas : Définitivement pas. Nous ne sommes absolument pas sombres, ni dépressifs. Nous sommes encore moins dangereux, et ce d’aucune manière.
Anders : Nous sommes des gens joyeux la plupart du temps (rires).
Comment expliqueriez-vous votre musique à quelqu’un qui n’en voit pas le côté positif ?
Anders : Je ne pense pas qu’il puisse y avoir quoi que ce soit à dire à quelqu’un qui n’apprécie pas notre musique. C’est une question de sensibilité et je ne pense pas que tu puisses faire changer d’avis une personne.
Pas forcément faire changer d’avis, mais expliquer…
Anders : Expliquer ?… Je ne sais pas… J’aime les chaussettes vertes et toi les chaussettes rouges. C’est juste une histoire de goût.
Tomas : Il y a toujours eu beaucoup de tentatives d’analyse de notre musique, surtout sur nos deux derniers albums. Des gens ont essayé d’analyser mes paroles mais… FUCK IT !! C’est ce que c’est pour toi et c’est ce que c’est pour lui… C’est tout.
Si vous regardez la scène suédoise, est-ce que vous pouvez dire qu’elle a changé depuis votre époque ?
Anders : Bien sûr, elle a changé. Je ne suis pas le mieux placé pour te dire en quoi elle a changé exactement. Cela fait un moment que je ne me tiens plus au courant de ce qu’il se passe vraiment. J’ai bien certains amis qui m’aident à me tenir à la page des nouveaux groupes. Mais dans l’ensemble, je ne fouille plus trop. Les temps changent.
Comment est-ce que vous expliquez que la musique hardcore soit si importante en Suède ?
Anders : Il y a une grande quantité de locaux de répétition, dans les écoles, les maisons des jeunes… c’est très simple de monter un groupe. Et puis tu sais, quand tu es jeune et que tu habites le nord de la Suède, il n’y a pas grand-chose à faire…
Tomas : Tu as le choix entre peu de choses… L’alcool, le hockey et la musique !! (rires)