
Marvin joue une musique surboostée qui vous fait battre du pied et qui vous scotche un franc sourire aux lèvres. Interview au reblochon, réalisée dans les antres du label Rejuvenation, en pleine préparation de tartiflette. Oups, j’allais oublier… leur musique est instrumentale…
Toujours la même question un peu bateau pour commencer : « Pouvez-vous vous présenter à nos chers lecteurs ? »
Greg : Alors Marvin, c’est Émilie au synthé, Fred à la guitare et puis moi à la batterie. Voilà…
Vous venez de Montpellier Rock City ?
Greg : Euh… de Montpellier oui… Rock City déjà beaucoup moins. Plutôt Club City à vrai dire. Nous avons la chance d’avoir le plus gros after de France.
Montpellier n’est donc pas une ville rock ?
Greg : Pas tant que ça… Tu auras toujours les mecs qui vont te citer les Shérifs, OTH, mais bon… Ramené au nombre d’habitants, il n’y a que deux-trois bars pour organiser des concerts plus deux grosses salles. Ça s’arrête là. Par contre il y a trente boîtes de nuit sur l’agglomération. Non, Montpellier n’est définitivement pas une ville rock.
Comment vous êtes tombés dedans alors ? Vous êtes des énergumènes ?
Émilie : On ne joue pas du rock !!
Greg : Franchement, c’est grâce à un disquaire qui s’appelait Obsolète. Il a tenu dix ans à Montpellier et nous a fait découvrir un paquet de trucs bien.
Émilie : Moi je n’ai pas choisi, ils m’ont demandé de venir.
Donc Émilie n’a pas choisi et Fred est né avec une guitare alors ?
Fred : Euh… non. En fait je joue avec Greg depuis le début.
Greg : Pour être précis, tout ça c’est vraiment post-Nirvana. Quand tu as 12 ans et que Nirvana explose, tu as tout à coup sacrément envie de te mettre à la guitare !!
Du coup, la naissance de Marvin, c’était quand exactement ?
Greg : C’était fin 2002, début 2003. Quand je suis redescendu de Paris et que j’ai eu envie de refaire un groupe avec Fred. On faisait plus de skate, alors voilà…
Le mot « skate » est lâché…
(Rires.)
Greg : Oui, le mot « skate » est lâché !!!
Émilie : Hum… Rock-fackie… Hum !!!
Fred : Oui, parce qu’on faisait tous du skate, oui monsieur.
Greg (ironique) : Ouais un tout petit peu.
Fred : Greg s’est même fait trépaner à cause du skate.
Trépané ? À cause du skate ?
Greg : Oui, enfin plus à cause de l’alcool que du skate d’ailleurs.
Émilie : il a failli mourir.
Fred : Il est tombé sur la tête en fait…
Greg : Oui, en courant après Émilie.
Émilie : Je courrais trop vite !!
Le skate, c’est donc dangereux…
Greg : Oui, beaucoup, plus que les tournées. Bien que ça fasse quand même flipper de prendre la route.
Émilie : Surtout bourrés après les concerts !!! (Rires)
Oui, parlons un peu concerts. Depuis 2003, vous avez beaucoup tourné. Avant de sortir votre premier disque…
Greg : Oui. En fait la maturation des morceaux prend un bon moment dans Marvin. Ce n’est pas que notre musique soit expérimentale, mais on y va par tâtonnements, alors les morceaux mettent assez longtemps à aboutir. Ils se finissent sur scène en fait. Pour ce qui est de faire des tournées avant de sortir un vrai disque, c’est avant tout lié à des rencontres. À l’époque on avait rencontré ce groupe de Paris, maintenant de Bordeaux, qui s’appelle Glen or Glenda. On avait sorti qu’une démo quand ils nous ont vus en concert. Ils avaient déjà l’habitude de faire des tournées depuis un certain temps et ils nous ont invités à le faire avec eux. Quand t’en fais une, après c’est bon, c’est parti !
Normalement c’est souvent l’inverse, on tourne pour soutenir la sortie d’un disque…
Greg : Oui, je sais bien. Mais ça s’est super bien passé niveau accueil. On a donc eu l’opportunité de faire plus de concerts et, de fait, ça repoussait la sortie d’un album. Ce qui fait qu’à un moment, on a dû vraiment se décider à faire un disque. Les morceaux avaient eu le temps de se roder sur scène. Notre premier disque a été un split avec Doppler, sur SK Records en 2005. On ne connaissait pas Doppler… Une heureuse rencontre. Maintenant on les connaît très très bien, sous tous leurs aspects même. On sait que Yan devient Jean-Jacques…
Émilie : … passé deux verres de vin !
Greg : Donc premier disque avec Doppler, après avoir rencontré Nico, le batteur de Ned, quand on a fait la première partie de Kabu-Ki-Buddah à Montpellier…
Et puis vous avez encore continué à tourner. Cette année, vous avez d’ailleurs fait une tournée que peu de groupes français font.
Greg : Il paraît, oui… C’est lié à la pugnacité d’Émilie dans la recherche de concerts.
Émilie : En fait, je ne sais pas trop comment ça s’est passé…
Fred : Elle est arrivée un jour en disant : « OK, je m’en fous, on va faire une tournée d’un mois ! »
Émilie : Oui, en fait ça a commencé comme ça. Un mois… Et puis un copain nous a proposé d’aller en Italie, puis des dates se sont ajoutées. Les gens disaient oui, disaient oui, disaient oui. Donc on allait de plus en plus loin et il fallait bien penser à revenir…
Fred : C’est surtout qu’on avait un plan en Suède. C’est parti de ça à la base. Émilie a donc trouvé toutes les dates pour monter et puis redescendre. Au fur et à mesure il y avait plus de dates qui s’ajoutaient et c’est devenu de plus en plus long.
Greg : Oui, parce que tout s’est construit autour de cette date en Suède, qui a finalement été annulée. Il y a aussi le fait qu’on ne pensait vraiment pas trouver autant de dates en France ; tout le monde voulait qu’on joue… Enfin en toute modestie, mais en fin de compte, on a eu beaucoup plus de dates que prévu en France.
Parallèlement, il y a pas mal de groupes qui galèrent pour trouver des dates… Alors c’est de la logistique ou de la bonne musique ?
(Silence des gens de Marvin, puis Greg, M. Rejuvenation, prend la parole.)
Greg : Je pense que c’est surtout une question de bouche-à-oreille. Marvin c’est hyper bien sûr scène, ça se sait et puis voilà, point…
Émilie : C’est facile aussi, on n’est que trois à tourner, on a tout ce qu’il faut…
Fred : On est assez autonome avec notre propre camion.
Greg : Oui, ça compte ça aussi. Le camion nous permet d’accepter des dates vraiment pas chères. On n’a pas le stress de devoir forcément demander plein de sous pour financer une location. Il y a aussi le fait qu’on a fait jouer des groupes à Montpellier. Organiser des concerts nous a aussi beaucoup aidés, il y a eu pas mal de renvois d’ascenseur.
Fred : Mais tout ça c’est un plan calculé de longue date, depuis plus de dix ans, on a fait une étude de marché et maintenant on récupère tout… (Rire général.)
Comment est-ce que vous gérez autant de dates en petit comité, pendant deux mois ?
Greg : Euh… Je vais laisser la parole aux autres.
Émilie : Quoi ? J’ai pas écouté. Comment on gère quoi ?
Greg : Comment on gère Greg ? (Rires.)
Comment vous gérez les tournées ?
Émilie : Ah… bein ça se gère bien. Je sais pas moi… J’ai jamais voyagé, alors forcément j’adore ça. Et puis on n’a pas le temps de s’engueuler. Enfin si, on s’engueule, normal quoi… Après ça fait dix ans qu’on s’engueule, alors il faut croire qu’on s’est habitués.
Non, mais plus au niveau de l’expérience…
Fred : En fait, sérieusement, au début tu te dis que tu vas en avoir marre. Et puis non…
Émilie : Le seul truc, c’est d’éviter les galères, les problèmes de camion, de vol de matos. Sinon, c’est génial.
Greg : Il y a eu un petit coup de mou au bout d’une semaine, un autre trois jours avant de finir, mais globalement c’était génial !
Vous avez enchaîné les dates sans « day off » ?
Greg : Ouais. Il y a eu un day off à Berlin, un à Bordeaux, Briançon et Genève.
Quatre en deux mois, pas trop dur ?
Greg : Non, car le kilométrage entre chaque date n’était pas énorme.
Fred : Oui, à part une fois en Allemagne où on a dû faire 500 bornes ; je crois que la moyenne était de 200 bornes entre chaque concert.
Émilie : On se levait tous les jours à midi, gueule de bois, et puis c’était reparti !
Greg : On a eu la chance d’être correctement hébergés à chaque fois, on mangeait bien… donc parfait.
Au niveau de ce que vous avez pu voir, à l’étranger…
Émilie : C’est génial ! Il n’y a qu’à Londres où ce sont de gros connards, je veux dire les patrons de bars. Mais les gens qui nous ont accueillis ont été fantastiques.
Greg : L’Allemagne, la Belgique ont été super, l’Italie aussi parce qu’on revoyait des copains…
Émilie : L’Allemagne, c’est fou, presque le tapis rouge à chaque fois.
Il y a des pays mieux structurés que d’autres ?
Greg, Émilie, Fred (en chœur) : L’ALLEMAGNE !
Fred (avec l’accent allemand) : L’Allemagne, c’est super structuré, pas de problèmes. (Rires.)
Émilie : Oui, à peine sorti du camion, tu as déjà une bière dans les mains. (Rires.)
Greg : La Hollande par exemple, c’était structuré mais mou du cul.
Émilie : Ah oui… la Hollande, c’était mou.
Greg : Oui, en fait c’est certainement une erreur de circuit aussi, on ne va pas blâmer les Hollandais en général. On a dû tomber sur les mauvais. On a connu l’enfer à Londres aussi.
Comment ça ? C’est un système d’organisation différent ?
Greg : Y a pas d’organisation. Tu joues, t’es content, sinon y a 100 groupes qui sont prêts à prendre ta place. Tu manges la tartine de merde et puis voilà. Pas de deal de base, tu joues et tu dois être content de cet honneur.
Fred : Normalement tu paies pour pouvoir jouer.
Greg : C’est vrai, mais on a eu de la chance car deux Français ont tout organisé. Ils se sont endettés pour nous faire jouer. Le premier concert, le gars a payé un videur 150 euros de sa poche, obligé par le bar… En l’occurrence son ancien employeur qui ne lui pas fait de fleur du tout.
Fred : C’est big business et chacun se démerde.
Pour en revenir au groupe, vous avez un label ?
Émilie : Non, pour l’instant et à l’heure actuelle on fait tout tout seuls. À part pour le split avec SK Records et notre nouveau vinyle qui sort avec les Potagers Natures de Bordeaux. On a aussi eu des subventions pour le faire.
(Autre intervention de Greg, M. Rejuvenation.)
Greg : Ah ! C’est pas bien ça, c’est pas DIY !
Émilie : C’est sûr que c’est pas DIY, mais on s’en branle. (Rires.)
Greg : On s’est dit que c’était mieux pour une fois que ça ne profite pas un groupe de ska du Sud ! (Rires.)
Et par rapport à l’ultrasacré DIY. Votre position à ce sujet ?
Émilie : Tu vois, on est au RMI, alors on est en quelque sorte liés avec l’État. On n’est donc pas totalement en fonctionnement DIY. À partir du moment où tu touches le RMI, tu ne vas pas refuser des subventions.
Fred : Je suis subventionné à mort moi de toute façon…
Émilie : Ouais, c’est clair, on est déjà subventionnés de toute façon.
Avec ce fameux DIY qui se veut antisubventions, vous ne pensez pas que ça puisse être un frein ?
Greg : Je ne pense vraiment pas. Tu vois, tu fais ta musique, tu tournes et si ta musique plaît, ça n’a rien à voir avec le fait d’être subventionné ou pas. Après, notre position… ? Par exemple sur notre prochain concert à Lyon en décembre, on joue dans cette salle subventionnée, on va prendre 500 euros qui vont nous permettre de faire un concert gratos pour une asso ou un squat. Même si on joue pour 50 euros après, on rentre dans nos frais, donc on s’en fout. On ne va quand même pas faire une étude de la politique culturelle de la ville à chaque fois qu’on va jouer quelque part. En ce qui concerne le prix des disques, je pense qu’il faut quand même faire des bénéfices parce que tu paies un tas de trucs derrière : l’enregistrement, le master… Il n’y a pas que le pressage dans un disque. Par exemple, on sort un disque avec les Potagers Natures, je sais qu’on va le vendre plus cher… Enfin, si ça leur pose pas de problèmes…
Émilie : Ouais, parce qu’on a merdé sur la souche et on a eu des frais en plus, qu’il faut qu’on rattrape.
Greg : Surtout, je pense que ce n’est définitivement pas une honte de vivre de sa musique. Ce qui peut être un discours véhiculé chez les plus extrêmes…
Donc quel est votre point de vue sur toute cette doctrine non-commerciale du DIY ?
Émilie : Déjà, on ne vend pas nos disques hyper cher. Aussi nous ne sommes vraiment pas dans la logique de non-profit. Tu vois, on a un camion à réparer par exemple.
Fred : Tout ce qu’on peut dégager, ce n’est que de l’argent de poche pour les tournées. On paie nous-mêmes nos réparations d’amplis ; notre matos c’est tout ce qu’on a. On vient d’arriver sur Paris pour ce concert et je n’ai pas une thune en poche. C’est Émilie qui me paie mes sandwichs. On fait ça parce qu’on en a vraiment envie, et le DIY pour moi c’est ça : faire les choses parce que t’en as envie !
Par exemple, vous faites attention au prix d’entrée de vos concerts ?
Émilie : Oui, on regarde un peu.
Greg : La question ne s’est pas vraiment posée en fait.
Si à force de tourner votre musique commence à marcher, vous accepteriez de jouer dans de plus grosses salles, avec des entrées plus élevées ?
Fred : Ce qu’on veut, c’est ne surtout pas arrêter de faire ce qu’on fait là. Après on ne sait jamais ce qu’il peut se passer.
Greg : Sur cette histoire-là, je pense que jusqu’à 15 euros, ça reste dans le domaine du normal. Par exemple, en ce moment, on est en train de voir avec un éventuel tourneur. Ce qui est cool, c’est qu’on aurait toujours la possibilité de continuer à jouer pour des assos pour que dalle.
Fred : Et même encore plus car ces gens vont nous trouver des dates assez grosses.
Greg : Carrément…
Tu parlais d’un prix de concert à 15 euros… Il y a dix ans les concerts indé étaient aux alentours de 50 francs. Ça n’a pas trop changé alors que tout le reste a bien flambé.
Greg (Rejuvenation) : Ça c’est clair. Il y a dix ans, les groupes étaient aussi payés 2 000 francs alors qu’ils ne sont payés que 150 euros maintenant. Cherchez le problème…
Greg : Pour moi, je pense que c’est tout à fait normal de filer du pognon quand tu vas à un concert. Je ne sais pas si c’est le MP3 qui donne l’impression aux gens que la musique est gratuite ? C’est fou car un concert nécessite pas mal de choses : il faut un mec au son, bien souvent c’est son boulot, pareil aux lumières. Dès que c’est dans une salle de spectacles, même petite, c’est de suite de gros coûts.
Le fameux MP3… Votre regard sur le téléchargement ?
Greg : Je suis a priori contre la vente de MP3, mais pour qu’un disque soit trouvable sur Internet. Ensuite, c’est vrai qu’on n’a pas mis notre album en téléchargement sur notre site. Mais je sais qu’il est disponible sur Soulseek et qu’il se télécharge allègrement. Ça me fait plutôt plaisir. Mon opinion, c’est un peu que c’est de la promo gratuite. Par contre on a découvert récemment qu’il existe un site de téléchargement russe qui vend des MP3 de Marvin. Dans ce cas-là, c’est vraiment embêtant car ces gars-là se font de l’argent sur notre dos. Je trouve ça vraiment petit d’aller chopper des albums autoproduits de petits groupes et de se faire de l’argent dessus.
Est-ce que vous vous considérez comme un groupe « underground », ce joli mot bien à la mode en ce moment ?
Greg : On est dans l’underground, c’est sûr. On a presque fait tous les coins en France de cette scène. Pour moi, un super exemple de l’underground, c’est le Molodoï à Strasbourg. C’est comme une SMAC mais autogérée, je trouve ça fabuleux.
Fred : Ou même tous les squats. On a joué dans une grande quantité de squats.
Greg : On a parcouru la scène underground française en long en large et en travers !
Émilie : Même jusqu’au village alternatif…
Greg : Ouais, on joue même où les autres groupes font demi-tour ! (Rires.)
Fred : C’est fou ça, c’est un coin au-dessus d’Alès. Tu dois prendre une petite route qui t’amène sur une clairière perdue. Il faut alors appeler les mecs qui viennent te chercher en Range Rover explosé, sans phares, seulement éclairé à l’aide d’une lampe de poche…
Émilie : Ce sont des gars qui squattent un village qu’ils retapent depuis presque trente ans.
Fred : Ces gars font des concerts à l’énergie solaire !
Et les projets à venir ?
Greg : On espère bien sortir un autre truc courant 2008.
Émilie : Une autre grosse tournée aussi je pense. La dernière nous a bien plu alors on va essayer d’en faire une par an. (Rires.)
Greg : Tant qu’on peut continuer à jouer sous nos conditions, on le fera. Apparemment on commence à avoir des plans avec des « vraies salles ».
Émilie : Comment ça des « vraies salles » ? (Rires.)
Greg : Ouais, enfin des salles un peu plus grosses…
Toute l’énergie dans le groupe alors…
Fred : C’est juste qu’avec le RMI, ça va commencer à être chaud. Je leur ai bien dit que je faisais de la musique, mais bon… dans pas longtemps, ils vont me dire que je ne suis pas devenu une star et ils vont me couper le RMI. Pour l’instant je fais un dossier tous les trois mois en leur disant qu’on va bientôt être intermittents… Même si je n’y crois pas une seule seconde.
C’est un bon sujet ça. Ce fameux label intermittent qui est censé t’aider à vivre de ton art…
Fred : Oui, il y en a des bonnes là-dessus, une sorte de cercle pervers. Quand tu es intermittent, tu te retrouves vite à aller jouer dans des salles où les gens n’ont pas envie d’aller te voir. Donc tu joues devant personne. Mais en contrepartie tu es bien payé par une salle subventionnée.
Greg : Voilà. Tu te retrouves vite à jouer pour faire tourner ton statut mais pas ta musique.
Fred : Donc ça va s’écrouler, ils vont bientôt l’arrêter, ce statut.
Greg : Ce statut, je trouve ça bien, sincèrement ça ne me déplairait pas. Mais quand je vois comme les gens se plaignent de l’évolution du statut… il ne faut quand même pas oublier que c’est unique. Aux États-Unis, ou même plus près en Italie, les musiciens galèrent vraiment. C’est censé être un soutien à la culture, mais ça sert surtout aux chaînes de télé… Je ne sais pas… en fait j’ai un point de vue assez mitigé sur ce truc-là. C’est bien que ça existe quand même.
Le système se retourne contre ceux qui en auraient vraiment besoin au profit des plus aisés ?
Greg : Oui, c’est prouvé que le trou dans les caisses de ce statut est dû aux télés et aux grosses machines.
Greg (Rejuvenation) : C’est quand même pas normal que des gens comme Johnny Hallyday ou Depardieu soient sous ce régime intermittent. C’est illogique.
Greg : Il y a un plafond de rémunération que tu ne peux pas dépasser. Mais il devrait y avoir un plafond de revenus à partir duquel tu es viré de l’intermittence. C’est ça qui n’est pas logique. Après il faut aussi dire qu’il y a des gens qui rendent leurs Assedic… mais pas beaucoup.
Donc est-ce que c’est un statut que vous visez, pour vivre de votre musique ?
Fred : Certains groupes y arrivent. Prenons l’exemple de Burning Heads, ils ne roulent pas sur l’or du tout, mais ils y arrivent. Ils continuent à jouer leur musique et tournent.
Quelles sont les conditions pour être intermittent ?
Fred : 48 dates payées au bon tarif et déclarées, en dix mois. Ou un truc comme ça.
Greg : 43 cachets déclarés par intermittent !
Cachets individuels donc…
Fred : Oui. Une moitié te revient et l’autre moitié part en taxes. Donc pour trois musiciens, il faudrait 600 euros ou 700 euros par date… pour déclarer et faire des cachets. Ensuite il y a toutes les techniques où tu en déclares un seul du groupe, en changeant à chaque concert.
Greg (Rejuvenation) : Ce qui fait que vous devez avoir fait trois fois plus de concerts à la fin de l’année. Dur.
Mais ces concerts déclarés vous obligent à tourner dans un circuit… (Interrompu.)
Fred : … moins rigolo…
Émilie : Vachement moins rigolo ! (Rires.)
Fred : C’est comme je disais, tu te retrouves à faire tes cachets dans de grandes salles subventionnées et surtout vides… On a plein d’histoires de groupes qui se retrouvent dans de tout petits villages, à jouer devant personne mais qui partent avec leurs cachets déclarés en poche.
Greg : C’est étrange, tu prends plein de sous à une salle alors qu’il n’y a personne dans la salle. Ça te fait te sentir un peu mal quand même.
Vous diriez que ça nuit à l’authenticité donc ?
Greg : Carrément. Il y a plein de gens qui se disent musiciens professionnels car ils bouclent leurs cachets grâce à de bons contacts qui les maintiennent dans le statut et puis voilà, ils s’arrangent comme ça.
Fred : Je crois que je préférerais encore aller bosser. Du bon vieil intérim !
Revenons-en à vos projets. Donc disques et tournées. Vous êtes à la recherche d’un label ?
Émilie : Non, on n’y pense pas des masses. Pour l’instant on est vraiment pénards tout seuls. On prévoit encore une grosse tournée au printemps, quinze jours en Angleterre, revenir en France et partir pour quinze jours en Italie. On va aussi essayer d’aller aux États-Unis en septembre. Ouais, aux États-Unis d’Amérique ! (Rires.)
Fred : Les States mec ! (Rires.)
Émilie : Ce groupe est vachement bien, je n’ai jamais autant voyagé. Et c’est encore mieux que du tourisme, tu rencontres plein de gens. Tu ne vois pas la tour Eiffel, tu rencontres les gens qui te parlent de la tour Eiffel. Encore mieux !
Le mot de la fin ?
Fred : Hum… les patates sont cuites !
Émilie : Oui, le mot est lâché : « tartiflette ». À table !
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Un trackback
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