Archimède, l’entrevue du numéro 01 !

Pour vous situer rapidement le groupe, on pourrait les désigner comme étant les dignes successeurs de Renaud. Archimède, c’est avant tout deux frères, Nicolas et Frédéric, qui vivent à Laval, font de la musique pop, chantent en français et ne sont pas encore de vieux réactionnaires amers et alcooliques. Pourvu que ça dure !

Quels sont vos antécédents musicaux ?

Frédéric : On a navigué de groupe en groupe, ensuite on a travaillé avec Nico de façon à roder nos chansons en acoustique. On a écumé les bars de l’ouest de la France, puis on a eu envie de monter quelque chose de plus fort, de plus intense sur scène. On a donc cherché et trouvé des musiciens, des potes de Laval avec qui on partage plus que la musique… Archimède sous cette forme est né en 2004.

Vous partagez quoi avec vos musiciens ?

F : Le sexe…

Nicolas : Leurs femmes ! (Rires.) Non, on partage des virées bachiques et des concerts mémorables. C’est mieux de jouer avec ses amis, ils savent où on veut aller et on peut leur dire quand on n’aime pas trop la façon dont ils jouent certaines parties, ils acceptent plus facilement.

C’est plus simple de faire un groupe en tant que frères ?

N : Disons que l’on se tempère l’un l’autre, on se dit franchement les choses quand ça ne va pas.

F : Je pense qu’avec un bon pote tu peux faire pareil…

C’est surtout plus difficile de splitter, non ?

F : Oui, mais il n’y a pas vraiment de raisons, on écoute la même chose, on a les mêmes influences, les mêmes goûts… Quand Nico écrit, je valide ses textes, quand il y a un mot qui me gêne, je le lui dis et il l’accepte…

N : Au pire, ce sera comme Oasis, on se fera copieusement la gueule pendant cinq ans pour des histoires de droit ou de famille, mais on continuera le groupe ! Pour peu que ça marche…

Vous avez une formation de musicien ou vous avez appris sur le tas ?

F : Aucune formation, on a appris sur le tas…

N : Moi, je ne joue même pas d’instrument, je ne connais pas le solfège, mais j’ai des mélodies de voix qui naissent comme ça…

F : On est un peu les Jedi de la chanson française ! On travaille à l’instinct ! (Rires.)

C’est la Force…

F : Oui, c’est ça, et pour l’instant elle est avec nous !

Venant de Laval, vous avez été surpris de l’accueil du public parisien ? [La veille de l’entrevue, Archimède a donné un concert qui a été un franc succès − ndlr]

N : C’est vrai qu’hier soir c’était vraiment agréable de voir les gens connaître nos chansons alors que le disque n’est pas sorti. Grâce à MySpace, les gens ont pu écouter quelques morceaux, ça chantait sans que l’on reconnaisse les visages, donc c’est de bon augure…

F : Le public parisien est vraiment sympathique, on entend souvent « Les Parisiens ceci cela… », « Les groupes de province à Paris… »… En fait il y a un excellent accueil.

N : On est bien reçus ! (Rires.)

Comment êtes-vous arrivés en maison de disques ?

N : On a d’abord signé avec un éditeur, qui est aussi notre manager, Laurent Cléry, et qui nous a fait jouer pendant un an chaque mois, à Paris…

F : Je précise que Laurent est éditeur pour la société Les airs à vif…

N : Il a fait venir des directeurs artistiques de maisons de disques pour nous voir jouer. Certains étaient intéressés, d’autres se sont désistés, puis sont revenus. Au final, on a signé avec Jive car on s’entendait bien avec le DA [directeur artistique − ndlr], et qu’on savait qu’il irait là où on souhaitait aller…

Vous avez eu carte blanche pour votre album ?

F : Le gros avantage que l’on a eu, c’est que le DA a tout de suite capté, à travers nos chansons et nos maquettes faites à la maison, là où on voulait aller. Ensuite, il a cherché un réalisateur, il a trouvé Philippe Paradis, qui a lui aussi saisi où l’on souhaitait aller. Nos compositions se sont retrouvées très bien arrangées et produites comme on l’entendait, chose que l’on n’arrivait pas forcément à faire par manque de matériel et d’expérience…

Vous estimez faire de la chanson française ?

N : Je ne dirais pas « chanson française », c’est de la pop dont les textes sont en français, et ça lorgne très sérieusement sur la musique outre-manche. Ce n’est pas de la chanson française traditionnelle avec les RRRRrrrrh…

F : Quand on était gamins, on écrivait en anglais, mais étant donné que l’on a arrêté l’anglais en troisième, ça tournait vite en rond : “fly away”, “try again”, “hello”, “a cup of tea”…

N : L’anglais, ça limite. Un texte futile de chanson doit parler de la vie, de ton environnement, de là d’où tu viens : notre écriture ressemble à ce que l’on est.

Vous vous livrez dans vos textes ?

N : Ce n’est pas se livrer au premier degré. Il y a de l’autodérision, c’est parfois décalé, il y a des mots savants, ça c’est pour se marrer… ça nous ressemble sans que ça parle de nos vies et de notre intimité…

Tu passes beaucoup de temps à écrire ?

N : J’y passe beaucoup de temps car je dois remplir des cases. La musique, ce n’est pas comme un roman ou une prose traditionnelle. Ça se calcule en termes de pieds, et c’est ce qui prend du temps. Il faut trouver la syllabe qui va rebondir, marier le son et le sens pour que ça fasse mouche… Je pense que l’efficacité de nos chansons, si elle existe, tient à ça, au mariage du son et du sens… Et tant qu’à chanter en français, autant raconter quelque chose…

F : Sur la musique elle-même, on ne se pose pas vraiment de questions, ça se fait à l’instinct. Je ne me dis jamais : « C’est trop simple, il faut que j’aille chercher plus loin. » Je suis mes envies et le texte fait que l’on peut…

N : … divaguer !

F : Non, je dirais plus « diverger »… C’est le texte qui, parfois, donne un virage à la musique…

Vous semblez ouverts à d’autres musiques, vous avez du matériel électronique sur scène, pourquoi un tel choix ?

N : On ne voulait pas que le disque sonne rock sixties, avec les voix amplifiées dans l’écho… On souhaitait une production contemporaine et un côté vintage, faire un disque rétro moderne ! Il y a des claviers, des boucles et des samples sur certains titres qui font que c’est un disque de l’année 2009…

F : Ça dépend aussi de ce que tu écoutes quand tu composes. Par exemple, pour le titre Passe par Paris, j’étais dans un trip Blur, et j’ai été influencé à ce moment-là… Si demain j’écoute de la bossa-nova, je vais peut-être m’orienter là-dessus…

N : Ça m’étonnerait quand même, tu vas finir par composer pour Élie Semoun !

F : Nos compositions peuvent fonctionner sur des guitares, sur de l’acoustique ou sur un son électro, on ne se refuse rien…

Dans le Fréquence Star consacré à Renaud sur M6, il expliquait que les mélodies arrivaient dans sa tête tout naturellement, et qu’il trouvait ça tout à fait normal, il en était puant… et il explique qu’un jour ça s’est arrêté. Vous avez peur que les mélodies s’arrêtent et de finir comme Renaud ?

N : Si je finis comme Renaud, je serai assez content, du point de vue de la carrière ! La peur de ne plus avoir d’idées, elle n’existe pas… J’écris sous plein de formes différentes, j’ai d’autres projets, bouquins ou articles, j’aime écrire, j’aime me promener et penser à quelque chose que je pourrai ensuite écrire… J’ai peur de ne pas trouver l’air, la mélodie qui va aller avec le texte, c’est pour ça que c’est bien de travailler à deux…

Vous habitez ensemble, vous êtes une entité unique, 24h/24 dans la musique ?

F : (Rires.) Ah non, surtout pas ! Il y a un petit studio chez moi et ça s’arrête là…

N : On n’est pas dans le trip étudiants américains, canettes de bière et pizza sur l’ordi à faire de la musique quinze heures par jour… Je passe beaucoup de temps sur le texte, mais je suis tout le temps dehors. Je passe ma vie à me promener, ça n’a rien de prétentieux, mais Baudelaire disait « Il faut tout le temps se trimballer avec son sujet en tête », dans la baignoire, sous la douche, en flânant, en faisant les courses… L’écriture se fait en marchant avec un baladeur, avec les mélodies de Fred en tête. On ne vit pas à deux, il ne faut pas que ce soit étouffant, il faut que ça reste un plaisir…

Quelles sont vos influences, les groupes de cette année qui vous ont marqués ?

N : On a vraiment aimé MGMT, qui est un super projet…

F : Ludéal, un artiste français qui est génial…

N : C’est un artiste de notre label, mais ça n’est pas pour ça que l’on en parle ! C’est presque le contraire de ce que l’on fait… Ça me semble assez sophistiqué, aérien, et c’est vachement bien… ça reste mon avis…

F : Il y aussi le retour d’une scène rock française, on le ressent depuis quelques années. Ça prend le pas sur tous les groupes un peu reggae festif que l’on déteste ! Et qui ne sont pas nos influences…

N : Il y a de bons groupes qui écrivent en anglais, mais c’est bien de se fixer l’enjeu d’écrire en français quand on fait du rock’n roll, c’est marrant de coller à sa langue natale…

Vous êtes nationalistes ?

N : Tout à fait ! C’est marrant de constater que les Anglais arborent sur scène le drapeau national ; si tu faisais ça en France, ça passerait vachement mal… Notre singularité vient du fait que l’on est de Laval, on n’essaie pas d’être de la hype parisienne, ou de se saper avec des slims extra moulants et des bottines en daim…

F : On est fiers de notre petite ville, on reste habiter là-bas, et même si ça marche je ne me vois pas changer d’univers, tout va bien…

N : Moi je me vois bien sniffer des lignes de coke sur des petits culs à longueur de soirées… Avoir une vraie vie, enfin !

Vous avez pensé au fait que Vilaine Canaille puisse devenir un tube ? Que tout ça vous échappe ?

F : Je pense que l’on n’a pas spécialement une musique taillée pour ça…

N : D’un côté tant mieux si ça nous échappe, on ne se plaindra pas du succès ; si jamais ça devenait un phénomène, comme tu dis, tant mieux, ça se jugule, il faudra faire plus attention à ce que l’on dit, à ce que l’on présente. Nos chansons sont spontanées, on ne cherche pas à faire des tubes. On fait des chansons que l’on aime bien…

F : Il y a une forme de fraîcheur que j’espère qu’on ne perdra pas. Mais comme dit Philippe Manœuvre : « Les groupes de rock, c’est difficile d’aller au-delà de sept ans parce qu’ils se répètent, et il n’y a plus cette fraîcheur du départ… »

N : Après Archimède, on animera des ateliers d’écriture en maison de retraite…

F : Ou alors on sera jury de La Nouvelle Star…

Vous aspirez à quoi ?

F : Les putes, la coke…

N : Forcément, on n’a pas fait tout ça pour rien, on espère à très court terme passer en radio, et faire un autre clip…

F : Pour être tout à fait sincère, j’aspire à une seule chose, c’est de pouvoir continuer à faire des chansons ; quelque part je me fous du succès, si ça marche tant mieux, mais le but c’est de pouvoir gagner suffisamment d’argent pour pouvoir continuer à faire des chansons… (Rires de Nicolas…) Pourquoi ça te fait marrer, toi ?!

N : Parce que moi je veux juste m’acheter une Ferrari…

F : Le seul but, c’est de pouvoir continuer à faire de la musique, c’est tout ce qui m’intéresse…

Vous aurez des Rolex avant 50 ans ?

N : Non !

F : Moi j’en ai déjà une et je la montre au micro !

Vous n’êtes pas de droite donc ?

F : Ni de droite, ni de gauche, bien au contraire ! (Rires.)

N : Sarkozy c’est nul, c’était mieux Giscard !

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Un commentaire

  1. Doudou
    Le 16 février 2010 à 02:35 | Permalien

    C’est vrai qu’ils sont bien… pour des provinciaux ;)

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