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© 2009 Maelström Magazine
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Phoenix Interview
La verdict est tombé dans la nuit. Phoenix ramène à la maison le Grammy du meilleur album indépendant de l’année 2009. Petite fierté française de voir un groupe de part chez nous triompher de la sorte au pays de la musique rock. Félicitations les gars !!
Pour fêter ça, on vous débloque l’interview avec Branco parue dans le numéro #01 de Maelström Magazine daté de mai 2009… et en bonus quelques vidéos autour des Grammy.
L’album précédent a été enregistré à Berlin. À l’époque, on était chez le label Source, qui appartenait à EMI ; maintenant on est indépendants. Avant, il fallait toujours dire ce que le label avait envie d’entendre, finalement on ne faisait que mentir. On leur disait : « On a l’album, on ne vous fait pas écouter, mais ça va être génial, ne vous en faites pas… » Ce qui était entièrement faux, on n’avait aucune chanson. Ils nous ont donné la thune pour enregistrer, on est allés à Berlin sans la moindre chanson et on a fait un album en trois mois. Pour ce nouvel album, on avait les cartes en mains, il y avait le plaisir de se dire : « On a un petit magot et on va faire ce que l’on veut… » On a misé sur la création. On a loué des lieux improbables dans Paris, on a loué un loft à New York, on s’est fait un trip chambre d’hôtel comme Polnareff ou Truffaut. On a loué une péniche au bord de la tour Eiffel, et dans le studio du peintre Géricault, on a eu le fantasme d’écrire un instrumental dans une pièce qui avait une lumière fantastique. On y a composé l’instrumental de dix minutes Love Like a Sunset. On voulait des lieux qui ne soient pas dédiés à la musique, des lieux magiques. On a enregistré plein de bouts entre New York et Paris, on avait des guitares, des petits dictaphones, et on a enregistré 15 heures de musique. Quinze heures de musique que l’on a dû concentrer en 25 minutes dans le studio de Philippe Zdar de Motorbass et Cassius, qui se trouve à Montmartre…
De quelle manière ces différents lieux ont influencé votre musique ?
Chaque album a été fait à des endroits différents, c’est très important pour nous. L’environnement joue d’une manière directe sur la création. On peut rester facilement dix heures dans une pièce et attendre de voir ce que ça va donner, ça donnera peut-être seulement dix secondes que l’on collera plus tard à un autre bout…
Vous avez maquetté dans ces lieux ?
Non, on a juste enregistré des bouts avec un dictaphone et un son pourri ! On avait des guitares, deux-trois boîtes à rythmes et un clavier. Ensuite, on a mis un an pour mettre ça en forme et finaliser l’album.
Comment on passe du travail de création au collage final ?
Ça met du temps, et le processus de création est quelque chose qui restera toujours mystérieux pour nous. On ne peut pas reproduire la même formule à chaque fois, on adorerait, mais c’est tellement fatigant pour le cerveau. C’est sûrement pour ça qu’au bout d’un moment les artistes font des albums de merde. À un moment ça te bousille la vie : pendant un an et demi, tu ne sors pas, tu es malade, c’est fantastique…
C’est à ce point poussif ?!
Ah oui ! À chaque fois on passe notre temps chez le médecin, on est physiquement atteints, mais toujours dans une ambiance très soudée. Ce sont des moments où tu es confronté à toi-même, à tes échecs, tu es à poil, tu ne peux pas faire pire… Mon rêve, ce serait de faire la BO d’un film, simplement pour satisfaire un réalisateur. Se faire plaisir à soi, c’est flou, c’est mettre la barre très haut, il faut se surprendre soi-même, et plus tu vieillis plus c’est dur ! Au bout d’un moment, je pense que tu as la flemme car tu ne peux plus tenir le rythme…
C’est tabou de dire ça ! Surtout en période de promo !
Je le dis parce qu’on essaie d’éviter ça !
C’est l’environnement qui tue la création ?
Je crois qu’une routine peut s’installer, ou alors non, le danger c’est d’utiliser une formule déjà connue. C’est tentant, la facilité, car à un moment tu ne peux plus avancer. On tient le cap parce qu’on est quatre. Faire un album, c’est à chaque fois une putain d’odyssée ! C’est traumatisant, mais c’est aussi ce qu’il y a de meilleur. On se dit que l’on ne va jamais y arriver, et finalement on y arrive… et à ce moment-là, on est imbattables !
Comment on trouve sa place lorsque l’on crée à quatre ?
On a toujours fait ce groupe ensemble, depuis que l’on est au collège. Je ne sais même pas comment ça se passe de faire de la musique seul. On est entièrement dépendants les uns des autres, c’est toujours le quatrième qui va apporter la touche finale, le petit truc qui manque. On a appris la musique ensemble, à quatre, et chaque morceau nous ressemble.
Vous avez appris la musique ensemble ?
On a appris la musique ensemble, en regardant des vidéos. On fixait les doigts des mecs, on apprenait un accord tous les deux mois, on a appris très lentement…
Il a mixé notre premier album et, pour celui-là, on s’est retrouvés dans son studio, qui est fantastique, à Pigalle. Il nous l’a prêté pour qu’on enregistre tout ce que nous avions composé. Zdar est DJ chaque week-end un peu partout dans le monde et il passait récupérer ses disques de temps à autre ; naturellement, il nous donnait des conseils en tant que pote : « ça c’est bien, ça non… » De fil en aiguille, il s’est mis à produire l’album avec nous, ça s’est fait très naturellement… Il est extrême : pour lui, à la fin de la journée, soit c’est de la merde totale, soit c’est fabuleux et on sabre le champagne, c’est une sorte de quête…
Qu’est-ce que ça signifie concrètement le fait qu’il ait produit l’album ?
Concrètement c’est, avant la technique, un regard extérieur : d’une manière très spontanée et en étant très sûr de lui, il nous disait : « ça c’est de la merde, ça c’est bien » ; ou alors on parlait de cinéma, de la direction à suivre… On parlait assez peu de musique finalement. Il a essayé de nous emmener vers son fantasme d’un album de Phoenix. Il voulait que ses potes de la techno écoutent ce disque. Il a eu des visions, comme Prince, de faire un album hybride. Ensuite il nous a aidés techniquement à mixer l’album ; il a une science du son très particulière, il est très doué, très entier…
Vous êtes fans de la musique de Zdar ?
On est surtout fans de son approche de la vie, sans compromis, à 100 %, un espèce de Fonzie [de la série Happy Days, on s’entend… – ndlr], un dur à cuir qui a un cœur. (Sourire.) C’est un mec entier, qui vit totalement pour son art… Un peu comme les Daft Punk, qui sont aussi des amis. C’est ce que l’on aime chez eux… Peu de règles et faire ce que l’on aime.
On entend souvent que lorsque tu dépends d’une maison de disques, tu subis des pressions, tu dois faire des compromis…
Oui, mais avec toute cette bande on a cassé tout ça… Je pense que ce sont les Daft qui ont ouvert la voie, mais aussi Air, Cassius et nous… On a eu le contrôle de notre musique, on faisait exactement ce que l’on voulait. C’est plus courant actuellement, mais à l’époque c’était la révolution. On devait utiliser des subterfuges, mentir un peu, pour arriver à nos fins…
C’est la principale raison pour laquelle vous avez souhaité créer votre label ?
Il semblerait que vous ayez choisi Zdar parce qu’il est européen et dramatique, qu’est-ce que ça veut dire ?
Oui, pour être encore plus peinards. On a remarqué que ça ne sert à rien de laisser les autres te guider ; on le réalise encore plus depuis que l’on est autonomes. On n’a besoin de l’aide de personne pour ce qui est de sortir un disque. Certes, on sera moins professionnels et on en vendra moins, mais ce qui compte c’est de faire exactement ce que l’on veut.
Notre deuxième album a été fait à Los Angeles, on souhaitait l’enregistrer dans un studio mythique. C’était notre fantasme : Led Zep, Prince, les Stones ou les Beach Boys… On a choisi le studio Sunset Sound. On a enregistré avec un producteur américain, Tony Hoffer, qui a produit Beck, Air, The Thrills ou Depeche Mode. On a vécu le côté américain et très professionnel, avec des horaires, réglementé, la gagne, le client roi, si tu veux un instrument un mec te l’amène dans l’heure… LA est une ville dédiée à la musique. Avec Zdar, c’était l’opposé. On était à Paris dans un studio en pleins travaux, Zdar pouvait avoir deux semaines de retard, ou alors complètement disparaître. Tout l’opposé de l’expérience de Los Angeles. On avait besoin de ça, ce côté dramatique, un mec franc, au bord des larmes quand il estime que l’on est en train de gâcher la chanson. Il mettait toute sa vie dans ce projet, et ça c’est inimaginable aux États-Unis…
Il vaut mieux faire un album à Paris ou à LA ?
C’est différent, les deux ont leurs qualités. Aux USA, quand tu écoutes la radio, il n’y a que des hits : chaque chanson est magique, ce n’est pas Michel Sardou, ce sont de bons morceaux ! Otis Redding, des oldies… Les gens ont grandi avec la musique : tu vas dans un karaoké, tout le monde chante comme des bêtes, ils ont ça dans le sang. En même temps, le défaut c’est qu’il n’y a plus vraiment de subversion dans leur art, dans leur musique et la manière d’en faire. Les groupes indépendants avec qui on a pu jouer, que l’on estime intègres, on les a vu commencer les concerts en disant : « Les T-shirts sont en vente à 20 dollars, allez-y ! »
Ça vous choque ?
Oui, pour tout Européen c’est choquant. Nous, cette manière de faire nous choque, jamais on n’oserait faire ça ! (Un peu outré…) Même les groupes punk se vendent. Ils vont voir les radios et ils vendent leur sauce. En même temps, les meilleurs groupes du moment viennent de New York, mes groupes préférés viennent de là. Il y a des différences qui sont intéressantes et remarquables…
Le titre de votre dernier album évoque Mozart, vous faites aussi référence à Liszt… Vous revendiquez des influences classiques ?
On aimait l’idée de prendre une icône, comme Mozart, et de la détourner. Comme Dali lorsqu’il peint une moustache à la Joconde. Ça vient d’une idée un peu enfantine, un décalage avec le passé, prendre une référence lointaine et en faire quelque chose de moderne… Nous, on préfère parler de Mozart plutôt que de New York ! Ça fait aussi référence au film de Blier, avec Depardieu et Dewaere, Préparez vos mouchoirs… Vous ne l’avez pas vu ? Il y a une scène fantastique où Depardieu disserte à propos de Mozart pendant cinq minutes… (Sourire.) Une des meilleures scènes du cinéma français !
Devient-on plus français lorsque l’on est un groupe international ?
Oui… Quand on est à l’étranger, on est vraiment les Français ! La France est devenue un pays exotique pour nous. Après le second album, on n’y a fait qu’un seul concert, et après le troisième on a fait une tournée qui était vraiment fabuleuse, on a découvert le pays.
Non, ce n’est pas frustrant, on ne l’a jamais mal vécu. Notre rêve, ce n’était pas spécialement d’être très connus en France, on souhaitait être reconnus partout. Et surtout, quand on était adolescent, on voulait se barrer ! On a grandi à Versailles, et notre premier but c’était d’en partir. Ça a donc été un cadeau du ciel de faire des concerts à l’étranger. Quand on joue en France, c’est toujours complet. On n’est pas énormes, mais ça nous convient parfaitement.
Comment on devient international ? Vous avez saisi une opportunité particulière ?
C’est un peu flou, mais après le premier album, on a fait un concert en Suisse, puis au Japon. Je crois qu’on a été aspirés par le phénomène Air et Daft Punk… Les portes étaient grandes ouvertes, on a été invités partout. On a toujours été un peu à part, parce que les gens pensaient que l’on faisait de la musique électronique, surtout après le premier album ; il y a toujours un flou qui persiste sur ce que l’on fait, mais ça nous plaît bien de nous sentir un peu décalés. On n’est pas limités et on a moins la pression…
Comment tu expliques le fait qu’un groupe doit d’abord faire ses preuves à l’étranger avant d’être connu en France ?
Je n’en sais vraiment rien… On chante en anglais et on était un des premiers groupes à le faire, ça ne nous a pas aidés pour le succès en France. Ça faisait aussi partie du challenge, chanter en anglais et prouver que ça peut fonctionner. Le succès est relatif. Comment juges-tu qu’il y a succès ou non ? Avec le nombre de ventes ? Tout le monde a l’impression que Phoenix est un phénomène, que l’on cartonne à l’étranger, mais ça reste relatif. On fait de la musique et des concerts, et ça nous convient…
PHOENIX – Lisztomania
par Cooperative-Music
Vous avez joué au Saturday Night Live ; comment vous avez atterri sur le plateau de cette émission mythique en Amérique ?
On a donné un morceau de l’album en MP3 sur notre site Internet, 1901 ; c’est d’ailleurs l’un des avantages d’avoir son propre label. On a eu l’idée, on a mis le morceau en ligne, et paf, une semaine après tout le monde l’avait. C’était un truc impossible avant. On l’a donné gratuitement, en bonne qualité, sans demander quoi que ce soit en contrepartie. Le titre a beaucoup tourné et c’est arrivé aux oreilles du gars du SNL ; je ne sais pas vraiment comment ça s’est passé, mais ils nous ont demandé de venir, alors que l’album n’était même pas sorti…
Ça contrebalance avec la polémique sur le téléchargement…
Le téléchargement est un fait avec lequel il faut composer. Il aurait fallu se battre avec le label si on avait souhaité mettre un titre gratuitement en ligne. Ce qui est génial, c’est qu’il n’y a plus d’intermédiaires entre nous et l’auditeur. C’est quelque chose qui était inimaginable avant… ça a fait plus d’effet que toutes les opérations que l’on avait pu faire avant. Le morceau a beaucoup circulé, sans le moindre truc marketing. Tout le monde est au même niveau maintenant, c’est le chaos et l’anarchie ! Plus personne ne tire les ficelles, c’est ça qui est intéressant.
Vous vous voyez en petite entreprise ?
Oui, mais c’est vrai depuis le début…
Pour conclure, vous avez parlé de la construction d’un « futur optimiste » ; qu’est-ce que ça veut dire ?!
Quelqu’un a dit ça ?! Ce n’est pas moi ! L’album précédent ne parlait que de nous, c’était un disque autobiographique et très brut, il concernait notre présent. Ce nouvel album parle de notre futur idéalisé et fantasmé…