Despo Rutti, la conversation.

Despo Rutti délivre un rap offensif et violent. un phrasé reconnaissable entre mille, parce que lent, syncopé et découpé au hachoir, difficile d’en sortir indemne après écoute. Dans la vraie vie, Pascal est un jeune homme sympathique, pas très grand, tendance hyper-actif, que vous pouvez croiser dans les transports en commun, affublé d’un grand sourire.

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La couverture de ton album, c’est une référence au roi Midas ou à l’or que la France a pillé en Afrique ?

Oui, c’est Midas qui transforme tout ce qu’il touche en or ! Ça aurait pu être l’autre, mais non. J’aimais bien les cours d’histoire et la mythologie, il y avait une moralité qui me parlait. Le mec qui fait des sous dans la rue, qui achète une baraque à sa mère, qui a un gros gamos [camion, SUV, 4x4 rutilant – ndlr], ça, c’est l’or qui est sur la pochette. Quinze ans de prison, quatre ou cinq potes morts et les larmes de la mère, c’est le cri…

Et toi, tu te situes où dans tout ça ?

L’or, c’est le succès d’estime et le fait que je suis beaucoup écouté dans les quartiers. Le cri, ça peut être les 40 000 euros de l’amende [cf. encart à la fin – ndlr] ou le fait que certains textes ne passeront jamais sur les grands médias. C’est le don et la malédiction…

Tu cherches à être dans les grands médias ?

Non, pas pour l’instant. On va dire que ce serait vraiment con et naïf de croire qu’en disant tout ce que je dis, j’aurai mon clip diffusé au journal de Roselmack !

Tu penses qu’une radio comme Skyrock est le diable ?

Non, je ne pense pas que Skyrock soit le diable. Je pense que Skyrock est une entreprise, qui a son mode de fonctionnement, avec lequel il faut être d’accord si tu veux travailler avec. Je n’ai pas vu de cornes sur la tête de Fred ! (Sourire.) [Fred Mussa, animateur de l’émission dédiée au rap sur Skyrock – ndlr.]

Ton album se nomme Convictions suicidaires, un titre osé, d’autant plus que le suicide est un peu tabou dans le monde du rap, non ?

Disons que c’est surtout verbal et idéologique. Un mec qui aurait envie de se jeter d’un pont, j’aurais envie de lui dire : « Si t’es pas solide, faut pas écouter ! » C’est un suicide idéologique, ou même artistique. Quand tu sais que pour vendre des disques il te faut des morceaux radio diffusables, c’est un fait, et que tu ne le fais pas, c’est quand même une bastos dans le pied ! Tu fais un pas, et lorsque tu fais le second tu te tires dans le pied ! Mais tu kiffes un peu ! (Sourire.) Je suis toujours là !

Pour entrer au panthéon du rap, il faut passer par une Autopsie ?

Si certains le voient comme ça, ça ne me dérange pas. C’est un fait que le mec a retourné le rap français. Je préfère être invité sur la mixtape de Booba que sur l’album de Kamini ! Si d’avoir participé à Autopsie me fait entrer au panthéon du rap, tant mieux, ça me va ! Ça fait plaisir d’être invité par Booba. Les rappeurs te diront : « Ouais, il fait ci, il fait ça… », mais bon, ils ont tous écouté les morceaux de Booba et ils les ont rappé en scred [discrètement – ndlr] dans leur chambre. Je pense qu’il se devait de faire un retour tonitruant après son album 0.9, et il a appelé, à mon sens, les bons mercenaires pour l’autopsie !

Tu as habité en Afrique ; tu retiens quoi de ce continent ?

J’y ai habité, sinon je n’en parlerais pas. Ce que j’ai ramené ? La langue, je la comprends, je la parle ; quand la daronne te crie dessus, tu comprends, tu reproduis ! C’est une autre mentalité, les gens mangent tous ensemble au bled, ici c’est pas vraiment ça. L’Afrique, c’est une partie de mes souvenirs d’enfance ; ma sexualité, j’ai perdu mon pucelage à 9 ans, avec une fille de 13 ans, quand j’y repense, c’est là-bas que ça a commencé ! Et quand je dis : « Baise la morale, la daronne bicravait de l’alcool », ma mère a fait de l’oseille d’une façon qui serait illégale dans certains pays, c’est ce qui m’a habillé, ce qui a payé mon billet pour venir. L’Afrique, c’est une partie de moi.

Ça a été un choc d’arriver en France ?

Je suis passé du Congo RDC ex-Zaïre, au Congo Brazzaville, le changement de pays, de mœurs, je connais. C’est sûr qu’en allant en Europe, en faisant 8 000 bornes, la différence est plus importante. Enfant, c’est pas que j’étais plus intelligent qu’un autre, mais ce n’est pas quelque chose qui m’effrayait, de découvrir, de rencontrer de nouvelles personnes. Par contre, la neige, ça a été difficile ! Je me souviens d’avoir joué avec mes cousins en hiver, et je ne savais pas qu’il ne fallait pas mettre ses mains glacées dans l’eau chaude, je l’ai fait, et j’ai pleuré une bonne heure ! Ça a été le choc  !

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