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Mark & Gustave
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Le Comte de Bouderbala, la conversation…
*Par contre, tu as eu une bonne expérience avec France Inter ; il y avait quand même des contraintes ?
C’était une bonne expérience et je faisais toujours attention de ne pas être dans la diffamation ni l’insulte. Je ne pense pas que tu aies besoin d’insulter les autres pour faire passer tes idées. C’était un putain de truc cette chronique, les papiers n’étaient pas relus, tu ne sais pas à l’avance si ça va faire rire, c’était freestyle et sans filet. Trois minutes trente de liberté, c’est toujours sympa…
*Pour changer de sujet, tu n’es pas toujours tendre avec certains groupes de rap français, un thème qui est rarement abordé par quelqu’un qui connait bien le sujet…
Il y a des sujets en France qui sont, soi-disant, trop segmentant : soit tu es pour, soit tu es contre, alors qu’il y a souvent un entre-deux. Le rap a beaucoup été instrumentalisé, c’était le ‘tout-rap’ ou le ‘non-rap’, soit les rappeurs sont de gros débiles, soit ils ont tout compris.
http://www.dailymotion.com/video/xgivhcIl y a des rappeurs qui ont du contenu intéressant, et d’autres qui ne disent que de la merde. Ils sont là pour vendre des CD, ce sont aussi des épiciers, ils veulent acheter une grosse Merco, c’est leur rêve, et ils font bien ce qu’ils veulent ! Ça faisait partie des sujets interdits, comme plein d’autres en France, je voulais en parler pour déconner…
*Oui, mais une bonne chanson, ça n’est pas incompatible avec un texte de merde…
Oui, c’est ça qui est intéressant avec le rap… Moi, j’ai commencé avec le slam, le texte est nu. Si ton texte est bon, en général avec une bonne instru derrière ça donne un bon truc, et un hit ça peut être un texte dégueulasse sur une bonne instru.
Ceux que je respecte, ce sont ceux qui sans instru disent des choses magnifiques ; après c’est comme tout, il a une profusion de rappeurs qui émergent chaque jour, on s’y perd, d’ailleurs ce phénomène est en train d’arriver avec les humoristes.
Ça m’intéressait d’aborder ces sujets interdits, j’ai voulu tailler un peu. Et voyant comment le système fonctionne, c’est-à-dire les conseillers artistiques, les productions, les maisons de disques, les managers, tous ces parasites qui sont autour de ces produits d’appel, parce que ces artistes sont des têtes de gondole, il y a le disque, mais aussi le DVD qui va avec… et c’est valable pour tous les artistes, ce sont ces conneries qui me faisaient rigoler. J’ai voulu en faire des délires, des sketchs, via des extraits, la preuve par l’image…
*Je trouve que tu assumes une certaine « culture de banlieue », sans jamais la dénigrer, en l’intégrant à ce que tu es ; c’est difficile à mettre en avant, sans que ça devienne une étiquette ?
Déjà, je me méfiais des étiquettes, ça va de soi, et il fallait casser les « assignations à résidence. » Ces « assignations à résidence », ça part du langage, quand on dit ‘un mec de banlieue’ / ‘un mec de Paris’… Moi, je ne me suis jamais considéré comme un mec de banlieue, je viens de Saint-Denis, qui se trouve à cinq minutes de Paris. Je suis à Paris, à Saint-Denis, à l’étranger, on est à l’heure de la mobilité, c’est rare que les mecs scotchent en banlieue, même si ça arrive encore, et c’est dommage pour eux. Ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, prendre le bus, le métro, le RER, aller à droite, à gauche, c’est juste un ticket, et tu sors rapidement de ce truc mec de banlieue, de Paris ou de province.
http://www.dailymotion.com/video/xgjng5Ce sont seulement des mots, et ce sont les gens qui les utilisent. C’est des constructions de l’esprit. Quand on se dit ‘mec de banlieue’, ‘mec de Paname’, ça ne veut pas dire grand-chose, on est de culture française, mais ce schéma-là existe parce qu’on est en France. Quand tu vas à l’étranger, tu n’es plus un mec de banlieue ou de Paris, mais un Français.
Cette réflexion m’a permis de sortir de ces problématiques qui te font perdre du temps. Quand tu cherches un taf et que le recruteur te dit « Oui, mais vous venez de banlieue… », c’est aussi à toi de te dire « Je vais sortir de son système, faire une école de commerce aux Etats-Unis et je vais revenir avec le diplôme… », et là, le mec te dira « Ah oui, vous étiez aux Etats-Unis ! » Là, ça n’est plus la même, c’est autre chose… (Sourire.)
Il faut casser ces « assignations à résidence. » Et comment casser ce truc-là ? En les déconstruisant, en parlant de mecs de banlieue, de chinois, de juifs, de musulmans… parce tout ça n’est pas figé. C’est pour ça que j’ai voulu parler de toutes ces « catégories » dans le spectacle, pour les taillader, et au final, c’est juste un prétexte pour déconner tous ensemble…