Mademoiselle Alizée, la conversation… [archive]

 

Plus de dix années de carrière, quatre albums, des tubes qui traversent le temps, un statut d’icône au Mexique, Alizée est une star internationale. Après avoir coupé le cordon avec Mylène Farmer, la jeune femme prend en main sa musique et devient productrice de ses disques. Elle travaille avec Daniel Darc, Jean Fauque, Bertrand Burgalat et Oxmo Puccino pour Psychédélices, puis elle entame un virage à 180 degrés en choisissant le label Institubes pour lui fournir paroles et musiques pour ce qui deviendra Une enfant du siècle. Voici une conversation qui date de 2010, avec un petit bout de femme qui gère de front carrière et vie de famille, rompue à l’exercice de la promo et qui a l’ambition de prendre des risques pour s’épanouir musicalement…

* Tu as près de dix ans de carrière, comment on tient le coup ? Comment on gère la pression ?

La pression, je n’en ai pas trop eue, bizarrement ; peut-être parce que j’ai commencé avec des producteurs qui m’ont protégée de tout ça, Mylène Farmer et Laurent Boutonnat. Quand je les ai rencontrés, la chanson Moi… Lolita était écrite, ils sont tombés sur moi alors que je passais à l’émission Graine de Star, et ils m’ont contactée. Ils m’ont préparée directement au succès car ils étaient sûrs de leur chanson, pas sûr du succès que ça a pu avoir, parce que ça a été tellement gros qu’ils n’avaient pas pu prévoir, mais ils savaient que ça allait faire du bruit. Tout ça fait que j’ai été préparée et protégée pour la suite, je n’ai pas fait tout et n’importe quoi. Je suis restée pas mal de temps avec eux, j’ai fait deux albums, et quand j’ai décidé de les quitter, je l’ai fait pour produire mes disques. J’ai pu faire cette démarche, car j’avais été à leur école et j’ai beaucoup appris avec eux.
Je n’ai pas la recette pour pouvoir durer, s’il y en avait une ça se saurait, mais je crois qu’il ne faut pas se perdre, je crois que j’aurais pu faire tout et n’importe quoi…

* C’est quoi tout et n’importe quoi ?

On m’a proposé un million de choses, de bosser avec plein de gens, des films, des téléfilms, des pubs, de présenter des émissions de télé… J’aurais pu faire autre chose que de la musique, mais je savais vraiment là où j’avais envie d’aller, et j’avais l’envie de continuer à faire les choses correctement, de gérer ma carrière comme Mylène a pu le faire pour elle, comme elle a le pu faire pour moi.
Le fait d’être productrice, c’est la liberté de pouvoir choisir et décider des choses. D’avoir le choix en tant qu’interprète, d’avoir le choix des personnes avec lesquelles j’ai envie de bosser, qu’elles soient d’accord ou non, mais au moins de faire la démarche de les rencontrer, et de gérer aussi au niveau de l’image, ce qui me paraît important, car j’estime qu’une artiste c’est 50% d’image, 50% de musique.

* Peu l’assument et le disent, on te l’a appris dès le début…

Oui, on m’a appris que c’était comme ça. Par exemple, Gainsbourg avait une chemise en jean et une cigarette, c’est son image, ça fait partie du personnage…

* Ton image a beaucoup évolué, comment on s’extirpe de la carte lolita sexy ?

C’est vrai qu’au début avec Mylène Farmer, c’était plutôt ce que l’on retenait. Si j’ai quitté mes producteurs, c’était plus concernant la musique, je ne m’épanouissais pas musicalement, je m’amusais, je prenais du plaisir à chanter les chansons que l’on me donnait, et quand je commençais ce métier-là, c’était tout nouveau. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai fait ma première tournée, qui s’est finie au Zénith à Paris, il était prévu que je fasse une pause, après quatre années très speed. Pendant cette pause, j’ai commencé à me poser des questions, j’ai regardé ce que j’avais fait, j’étais fière de mon parcours, d’avoir commencé de cette façon, sauf que musicalement, je me suis rendu compte que je n’écoutais pas mes disques à la maison ni dans mon iPod, ou dans la voiture…

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* C’est important d’écouter et d’aimer ses chansons…

Oui, à ce moment-là c’était important, et aujourd’hui je prends du plaisir à écouter Moi… Lolita, j’adore cette chanson, c’était quand j’avais 15 ans, ça a marqué cette période, et c’était très bien.
Quand j’ai décidé de devenir ma propre productrice, je me suis dit je vais me faire plaisir et aller cherche des gens qui me touchent et qui m’apporteront plein de choses musicalement.
Je n’avais que 19 ans, et ce métier je continue à l’apprendre encore aujourd’hui à 25 ans.
Donc j’ai mis des noms sur une feuille, sans me limiter. Je suis allée rencontrer les dix premiers et ils ont quasiment tous accepté de travailler avec moi : Daniel Darc, Oxmo Puccino, Bertrand Burgalat, Jean Fauque… Je n’avais rien à perdre, tout à gagner, ces personnes ont dit oui de suite…

* Ça a été surprenant ?

Oui, et je me suis dit que si finalement ils acceptaient c’est que mon parcours n’était pas si mal…

* Tu en as douté ?

Bah, je n’en ai pas douté, mais en France, on met facilement les gens dans des cases, avec des étiquettes, chaque personne à une place bien précise, et c’est compliqué de dépasser ça.
Du coup, quand on a bossé ensemble sur cet album, j’étais plutôt fière de ma démarche, d’avoir réuni ces gens sur un même album. Ça n’était pas dit qu’Oxmo accepte d’être sur le même disque que Daniel ou Bertrand, j’ai trouvé leur démarche plutôt sympa, et aussi rassurante…

* Tu as essuyé des refus pour ce troisième album ?

Non, au contraire, j’ai refusé des gens, et j’ai eu la chance de pouvoir rayer des noms sur la liste, j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec cette équipe.

* C’est un nouveau virage aujourd’hui, comment ça se fait que tu aies fait appel à Institubes pour ce quatrième album ?

Tout simplement parce que j’ai commencé ma carrière par une rencontre, et j’ai l’impression que je la continue via des rencontres. Comme je ne suis qu’interprète, et pas auteur-compositeur, mais productrice, je peux rencontrer des gens et choisir. Je suis en licence dans ma maison de disque, donc j’apporte un produit fini. J’ai rencontré en premier David Rubato, pour un remix du précédent album, humainement ça s’est bien passé, et pour moi c’est très important. Si humainement il se passe des choses, ensuite j’ai envie de travailler avec ces personnes.

Si j’avais rencontré en premier Jean-René Etienne du label Institubes, et que l’on ne soit pas sur la même longueur d’onde, mais que l’on me dise ça serait bien de travailler avec eux, je ne me serais probablement pas jetée à l’eau. Je n’aurais pas fait cet album, ce n’est pas ma façon de faire.

Du coup, quand j’ai rencontré Jean-René, je ne savais pas que ce que j’allais faire avec ce nouvel album. Il m’a proposé de faire un disque de transition, de cinq titres, avec les producteurs d’Institubes et de faire ça un peu différemment, de partir d’une histoire, de cette fameuse chanson Fifty sixty, écrite par Jean Fauque.

Quand j’ai rencontré les autres producteurs : Château Marmont, Rob, Tahiti Boy, puis Para One qui est arrivé à la fin, ça s’est tellement bien passé, autant humainement que musicalement, que les chansons ce sont multipliées et on s’est dit pourquoi ne pas sortir un album…

* Tu connaissais le travail d’Institubes ? Comment tu as eu un remix de David Rubato ?

Je ne connaissais pas vraiment Institubes. Pour le remix, je demande des remixes destinés au club pour chaque single…

* C’est la maison de disques qui gère ?

Non, sur les deux premiers albums c’était Mylène Farmer qui gérait, et sur le troisième j’ai demandé à Sony, RCA à l’époque, de me proposer des gens qui seraient susceptibles de correspondre à l’album et au remix, mais aussi pour avoir des supports différents parce que pour chaque single et album, car les fans aiment les objets collectors. J’ai reçu ce fameux remix de David Rubato, qui n’était pas du tout destiné aux clubs, il avait réarrangé le titre, il avait carrément posé des voix, ralenti le morceau, c’était une nouvelle chanson. Du coup, j’ai demandé à le rencontrer, et c’est comme ça que j’ai rencontré Jean-René Etienne, le patron du label. On a décidé de clipper le morceau, et c’est comme ça que l’on a commencé à bosser ensemble…

* Il y a avait une part de risque dans des tels choix ?

Je pense que chaque album, c’est un risque financier, et quand ce sont des artistes qui sont producteurs, il y a plus d’efforts au niveau des studios, musiciens… On arrive à faire des choses plus correctes que lorsque c’est une major. La part de risque, c’était de proposer un album de variété fait par des gens qui ne sont pas connus du grand public.

* Ça te paraissait évident qu’il te fallait changer de sphère ?

Pas changer de sphère, car quand j’ai rencontré les producteurs, ma condition c’était que les mélodies de voix existent, et existent comme sur un album de variété classique. Ils avaient la liberté de produire comme ils voulaient la musique, avec leur son et leur touche, mais que la mélodie soit appropriée à ma voix et à mon style. Parce que je viens de là, je suis comme ça et j’ai envie de continuer dans cette direction. J’ai une étiquette et eux aussi en ont une, celle d’un label branché et électro, pas trop connu ; je n’aime pas le mot branché ou hype, mais ils le sont, et finalement, on fait de la musique alors pourquoi pas faire un projet ensemble, pourquoi rester dans des cases, c’était mon envie, mon caprice de star (sourire.)

* Cette réunion était possible aujourd’hui en 2010, et pas il y a quatre ans ?

Sur le précédent album [Psychédélices - ndlr] c’était différent parce que je suis allée chercher des gens d’univers opposés. Bertrand Burgalat, je suis allé le chercher avant son succès avec Christophe Willem, les gens ne le connaissaient pas, mon album était déjà enregistré quand on a commencé à parler de lui pour Christophe. J’avais entrepris cette démarche parce que j’étais séduite par des choses, et des envies musicales. Après Mylène Farmer, il fallait trouver un auteur qui raconte autre chose dans les paroles, qui raconte quelque chose, et pas seulement aligner des mots simples. J’avais envie de continuer dans la lignée de Mylène Farmer, et c’est compliqué de trouver un auteur.
Jean Fauque écrit des choses très compliquées pour Bashung, mais peut être qu’il pouvait faire cet album avec moi, et il a été séduit dès que je le lui ai demandé. Ce ne sont pas des stratégies, mais des envies…

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